Comprendre la Nintendo Switch

Comprendre la Nintendo Switch [2 minutes pour convaincre]

TEXTE DE LA VIDEO :
Nintendo, c’est Nintendo, il ne suit pas l’époque. Il regarde ses intérêts, puis crée l’époque qui l’arrange. On ne peut pas lui enlever son courage quand il s’agit de redessiner le milieu pour ses propres intérêts. Il est donc vain de chercher à comprendre la Switch, vain d’anticiper ce qu’elle nous proposera, si on ne cherche pas avant à comprendre les intérêts de Nintendo.
Et dans 2 minutes vous en serez convaincu
L’époque où les constructeurs misaient davantage sur le potentiel que sur le pragmatisme de leur console est derrière nous.
Nintendo a vendu les espérances floues d’une mablette WiiU qu’il a lui-même eu beaucoup de mal à intégrer dans ses propres jeux. Tout comme Microsoft a vendu en son temps les espérances floues d’un kinect qu’il n’a finalement même pas concrétisé. Sony lui, a mis un trackpad sur ses manettes et il ne sait toujours pas pourquoi.
L’histoire nous enseigne que les trois constructeurs furent pris la main dans le sac à n’avoir aucune idée de ce à quoi serviraient concrètement les features qu’ils vendaient. Aujourd’hui, l’ère du commerce sur du seul potentiel fait partie du passé. Les consommateurs en sont revenus si je puis dire, et veulent du concret.
Alors les consommateurs achètent la PS4, meilleurs rapport qualité/prix/ludothèque sur console. Puis, ils achètent un peu moins nombreux la xbox one, qui propose une offre qualité/prix/ludothèque très proche de la PS4. Mais ils n’ont pas acheté la WiiU, au rapport qualité/prix/ludothèque moins visible, pour des non-militants de la marque.
Alors, quand fut venu pour Nintendo le moment de créer un successeur à la WiiU, l’époque semblait jouer contre lui, semblait le mettre au pied du mur. L’époque attendait de lui qu’il sorte une console pragmatique, au rapport qualité/prix/ludothèque au niveau au moins de ses concurrents, sans pouvoir désormais se cacher derrière une simple promesse de potentiel.
Mais cela n’est pas dans l’intérêt de Nintendo. Car Nintendo a intérêt à se différencier pour ne pas avoir Sony et Microsoft en concurrent direct. Car cette concurrence directe serait intenable pour Nintendo, tant les marques PlayStation et Xbox ont atteint de hauts niveaux d’expertise, dans la communication, dans le fait de fédérer une communauté, dans le fait d’attirer les gros et petits éditeurs sur leur machine, dans le online, et dans bien d’autre service. Concrètement, si Nintendo était une PS4 ou une Xbox one avec juste comme particularité d’avoir des exclus mario, zelda, metroid, etc, il se ferait rétamer façon Gamecube, car obligé de constamment se comparer, s’adapter, être au même prix, avoir les mêmes services, la même réactivité, la même image.
Ce qui nous amène au deuxième intérêt de Nintendo. Contrairement à Sony et Microsoft qui vendent avant tout du hardware, Nintendo est autant un constructeur qu’un éditeur. Il fabrique des jeux vidéo qu’il a intérêt de vendre en masse, prioritairement sur ses consoles. Il compte fortement sur ses licences pour sa santé financière. Et il compte trop dessus pour accepter de leur faire perdre en visibilité au sein d’une ludothèque concurrentielle. Nintendo pense ses consoles égoïstement pour ses propres licences, quitte à oser ne pas mettre de disque dur dans la WiiU à une époque où tous les jeux tiers comptent dessus. Et puis, il associe sciemment ses consoles avec des jeux de ses propres licences. Nintendo a besoin d’éditeur tiers, assez pour rendre la console attirante, mais suffisamment peu pour que ses titres soient les stars. Il a donc besoin de figurants. C’est à dire des productions tiers qui viennent diversifier un peu l’offre. Mais qui ne font pas trop d’ombre à ses productions.

C’est sans doute ce qui explique que son line-up de sortie et ses publicités, se concentre, en guise de jeu d’envergure à proposer, sur LE zelda.
La xboxe one et la ps4 avaient leur demo technique avec Ryse et Killzone. La Switch elle n’en a pas. Car Zelda c’est un jeu de l’E3 2014 et qu’il sortira en même temps sur la génération précédente.
Mais la Switch n’a pas besoin de demo technique, les intérêts de Nintendo ne sont pas là. Il ne vend pas de la technique, mais il vend son image.

Nintendo ne se sentant pas rentrer dans l’arène du meilleur rapport qualité-prix, il conserve en effet un positionnement élitiste. Un positionnement à la Apple, dans une moindre mesure. Ce n’est pas par hasard si Nintendo a débarqué à leur Keynote pour offrir l’exclusivité temporaire, pour son mario run.

On ne s’étonnera donc pas de découvrir avec la switch des accessoires hors de prix, des services peu compétitifs qui ne reposent que sur l’envie du client, non pas à bénéficier d’un bon rapport qualité-prix, mais à faire partie de l’environnement nintendo. Apple, ses câbles à 30 balles, ses hardwares ordinateurs 3 fois plus chers que les concurrents à configuration équivalente. Nintendo, son dock vide à 90 euros, son party game à 50 balles sa manette pro plus cher qu’un controller Xbox One.

Il faut comprendre les intérêts de Nintendo. Ce qui semble à certains être un positionnement tarifaire maladroit est en faite tout à fait voulu. Ce qui semble à certain être une ambivalence dans sa façon de dire à chaque nouvelle console qu’il sera favorable aux éditeurs tiers sans pour autant leur courir après, s’explique par son besoin ambivalent de multiplier les expériences sur sa machine sans pour autant faire trop d’ombre à ses propres licences.