Fleur 2 Sel

[Nouveauté] Dorénavant vous retrouverez également Fleur2Sel, une review d’actualité une fois toutes les deux semaines.

Tous les épisodes ici : https://youtu.be/OwdvXz-G0Yo

Fleur2SEL S01E01

Texte Fleur2Sel #5 :

News 1 : La guerre des Cloud

Le 29 novembre dernier, la toute jeune entreprise française Shadow, rendait disponible sa nouvelle offre de cloud computing.
Pour 30 euros par mois avec engagement, vous louez un ordinateur équipé d’une 1080, de 4 core de Xeon, de 12 go de Ram, de 256 Go de SSD, de Windows 10 et d’une connexion internet fibrée.
La dénomination Cloud computing, signifiant que le PC ainsi loué ne vous est pas livré chez vous. Mais que vous êtes alors constamment en mode bureau distant avec celui-ci, votre propre connexion internet étant alors amplement sollicité pour vous renvoyer au mieux l’image de ce puissant PC connecté lui, à la fibre.
Le Shadow, pour le dire grossièrement et à en croire leur site web, cible le joueur qui cherche à jouer, les options graphiques réglées au maximum, sur les derniers jeux du moment.
Quand on parle de l’avenir du jeu vidéo, on oppose souvent la console avec le cloud. Il y a ceux qui pensent que le gaming est amené à être hébergé dans le cloud et qu’il ne sera plus nécessaire à terme de vendre des consoles. C’était, souvenez-vous la thèse de Peter Moore, personnage connu pour avoir achevé la Dreamcast en interne avant de partir à la concurrence.
En 2016, il estimait que PS4 et Xbox One seraient les dernières consoles à physiquement trôner à côté de nos écrans de télévision.
Et puis, il y a ceux pour qui le futur du jeu vidéo passera encore par l’attachement au bel objet, une console que l’on possède et qui matérialise l’inclinaison pour une marque. L’indécent succès commercial actuel de la Snes MIni décrit cela parfaitement bien.

Mais vouloir opposer les deux ne doit pas nous distraire d’une opposition plus captivante, car plus frontale et plus actuelle : l’opposition cloud computing versus cloud gaming.

Soit vous louez un hardware distant. C’est le cloud computing, tel shadow et vous continuez à acheter vos jeux à l’unité sur des stores en ligne .
Soit vous louez une ludothèque au mois qui tourne à distance. C’est le cloud gaming, tel le Playstation Now. Le service que vous acheter est double, c’est l’accès à un panel entier de jeux, Et le fait qu’un serveur distant vous les fasse tourner correctement.

Le cloud computing, c’est donc du cloud gaming sans la bibliothèque de jeu. Pour un usage jeu vidéo, le cloud computing ressemble donc à du cloud gaming auquel il manquerait le catalogue de jeux livré avec. Ce qui semble être une faiblesse est en fait sa force. Cela lui permet de se positionner pour les joueurs fréquents. Explication.

À grande échelle, postulons que les deux services sont en concurrence directe en sortie de niche. Soit vous payez pour l’un, soit vous payez pour l’autre. Si le cloud gaming a pour lui l’accès à un large catalogue sans surcoût, rien n’indique que les éditeurs lâcheront fréquemment leur production récente. Car cela signifierait partager une part du gâteau au prorata du temps passé, une largesse qui n’est pas dans l’esprit actuel des triples A qui cherchent au contraire à optimiser à fond leur rentrée d’argent. Les faits sont que sur ce genre de service, les grosses productions proposées datent d’un certain âge.
On peut miser sur le fait que les gros éditeurs n’accepteront pas de faire partie de la ludothèque de cloudgaming d’un autre groupe privé, les premières années de vie de leurs titres.

Condamné à devoir se priver des productions nouvelles et branchées, des gros titres, mais aussi des triples I qui miserait sur une succès story par eux même, le cloud gaming se doit alors d’occuper une place de : service de découverte. Ouvrir un marché casual nouveau. Un coup de poker du niveau de la Wii. Ce que tente de faire Black Nut. Mais si le cloud gaming n’ouvre pas ce marché et cherche à parler uniquement au joueur fréquent, alors il se fera manger par le cloud computing.

Le cloud gaming c’est payer pour accéder à une opulence de titre, en se privant des grosses tendances du moment. Le gros des troupes, de ce qu’on appelle les joueurs fréquents veulent exactement l’inverse, à savoir, se concentrer sur une poignée de jeux, mais des jeux du moment.


News 2 : Nintendo et Nvidia en couple

En 2000, le gouvernement chinois de l’époque prohibait la vente de consoles. 14 ans plus tard, la Chine levait l’embargo. Dès 2014, Microsoft et Sony se sont précipités à la conquête de ce nouveau marché à 850 millions de consommateurs potentiel.  
Mais avec difficulté, car si le marché gris s’est bien développé pendant ces années de prohibition, la population chinoise, dans sa grande majorité, n’a pas l’habitude des consoles. Si Nintendo entend bien investir à son tour le marché chinois, ce n’est pas en y lançant sa Switch dans l’arène. Il tente pour le moment, de familiariser le marché chinois à ces titres.
Mettant à profit son partenariat récent avec Nvidia, quelques titres du catalogue GameCube et Wii vont se voir porter sur la version chinoise du Nvidia Shield TV.
Une version du Nvidia Shield TV qui compte bien réussir sur ce territoire, et qui pour mieux s’intégrer au marché chinois, a abandonné certaines parties de l’environnement Google au profit de plateformes locales.
La Switch et la Shield TV intègre un processeur issu de la même série, le Tegra X1. Sur le papier alors, les portages Shield TV d’anciens jeux nintendo pourraient un jour profiter à la Switch.
Depuis que Nvidia fabrique le processeur de la Switch, lorsque Nintendo gagne, alors Nvidia gagne. Et depuis que Nvidia vend sa Shield TV avec des jeux nintendo dessus, lorsque Nvidia réussi en chine, alors Nintendo aussi.

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Texte Fleur2Sel #2 :

News 1 : Gran Turismo au champagne

Annoncé en octobre 2015 à la Paris Game Week, le nouveau gran turismo est enfin arrivé, deux ans plus tard. Licence forte collant à la marque PlayStation, ce titre sort bien tard. Au 2 tiers de la vie de cette génération, dans un contexte où Microsoft a déjà eu le temps de sortir 3 Forza motorsport, pour comparer ce qui est comparable.

Cette sortie de gran tourismo est l’occasion pour nous d’observer la communication autour du titre, et d’en faire ressortir 3 sociologies distinctes.

La communication journalistique / la communication commerciale / et, à la croisé des deux, l’info-tainment

La communication journalistique apporte un recul nécessaire à l’expression de son expertise professionnelle. Elle adopte une méthode de travail qui tend à réduire les influences. Ses acteurs se déplacent professionnellement à l’occasion de salons tels que le TGS dernièrement ou dans les locaux de l’éditeur, en vue de tester les jeux et d’apporter au public, l’information et l’évaluation, même s’il elle déplaît à l’éditeur.

La communication commerciale n’est pas là pour faire une évaluation du produit, mais pour animer un contenu divertissement autour de la marque. Conscient que sa prestation  rend la marque sympathique, l’influenceur fait payer à juste titre son service, qu’il balise alors comme une publicité. Pour Gran turismo, Sony avait organisé une escapade en voiture de sport dans les environs de Paris.

Et puis, entre les deux, il y a cette communication qui tend à partager une évaluation, donner son avis, en adoptant une posture sympathique. De ce fait, elle entend se priver ni de l’opportunité de traiter l’info, ni de l’opportunité de répondre aux sollicitations des éditeurs.

Pour Gran Turismo, ces adeptes de l’info tainment étaient invités à un weekend à Modène, berceau de Ferrari avec somptueux repas et tours de circuits.

C’est IGN Italie, qui dans un article, revient avec précision sur l’organisation de ce cadeau fait par Sony.

Décrivant je cite : un événement de trois jours entre dîners et cérémonies, entre musées et circuits, entre différentes places et universités.

Tout en déclarant  » mais aussi surtout les vins rouges, les saucissons et les viandes, et naturellement, la Ferrari »

Cette communication propose de parler du jeu, tout en se faisant payer des choses par la marque. Comme dans la communication journalistique, ses acteurs ne sont pas rémunérés par l’éditeur. Mais accepte, comme dans la communication commerciale, de se faire divertir par des activités annexes au jeu, aux frais de la marque. Je dis accepte, car c’est aussi son modèle économique qui veut cette proximité avec les éditeurs. Les gens consomment ce genre de contenu aussi pour y voir des exclues, des avant-premières, et pour pouvoir proposer cela au public, les acteurs de ce type de  communication doivent entretenir cette proximité avec les éditeurs.

Accepter de se faire divertir à titre privée par une marque sur laquelle on donnera ensuite son avis à titre professionnel, pose néanmoins question. Car on sait que l’être humain est construit de telle sorte qu’un ressenti émotionnel est, même inconsciemment, perméable à la gratitude. Difficile de cracher dans le dos sur celui qui vient de vous payer un week-end en Italie.

La réponse à cette question est à la sensibilité de chacun : Parmis ces 3 communications, lesquelles sont à encourager ?. Je vous laisse y réfléchir.

News 2 : Humble Bundle et IGN se rejoignent

Il y a quelques semaines le groupe J2global aussi propriétaire de la marque IGN rachetait Humble bundle, un store de jeux en ligne qui s’est fait connaitre en reversant une partie des bénéfices à des oeuvres de charité.

On a donc un groupe de presse qui va être amené à rendre un verdict sur des jeux vendus sur un store appartenant au même propriétaire. D’autant que depuis le début de l’année, Humble a annoncé se lancer également dans l’édition de jeux. Comme A Hat In Time par exemple sorti le 5 octobre qui a décroché un 8 sur 10 sur IGN.

Si le groupe va se retrouver en position de juge et partie, inutile de crier au loup pour l’instant, car il n’est pas ici question de fusion du personnel des deux entités, mais juste d’un rachat. Du moins pour l’instant.

Notons que cette situation n’est pas une 1ère mondiale, rappelons qu’au début 2016, le groupe Webedia, exploitant d’ing France et propriétaire que de jeuxvideo.com rachetait l’éditeur de jeu Scimob.

Si les intentions de ces groupes de presse sont de diversifier leurs revenus, on peut compter sur le professionnalisme des journalistes d’ign pour adopter une position qui limitera leur prise de partie lors de la rédaction des tests.

Des journalistes qui n’ont pas attendu ce rachat pour faire preuve de vigilance

puisqu’un des journalistes de la version italienne était présent à la petite sauterie organisée par Sony pour la sortie de Gran Turismo. Aucun souci à se faire donc.

 

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Texte Fleur2Sel #1 :

News 1 : Far Cry 5 controverse
Quand Far Cry 5 fut annoncé en mai dernier, toutes les images laissaient entendre qu’il s’agissait de combattre des suprémacistes blancs sur le sol américain. Non pas une quelconque milice dans un pays imaginaire comme dans les volets précédents, mais une communauté rappelant quelque chose de réel dans un pays identifié.
C’est comme ça que les joueurs et la presse l’ont compris. Et même les suprémacistes blancs IRL se sentirent visés également.
Ubisoft semblait assumer, et n’a, jusqu’à (aujourd’hui samedi 14 octobre, jamais contredit cela. Même les VIP invités chez ubisoft pour tester le jeu revenait, à juste titre, avec ce mot à la bouche. Mais, dans l’Amérique de Trump, ce choix narratif n’a finalement pas assez de distance avec la réalité. Or vous savez bien qu’ubisoft travaille dure pour que ses jeux ne disent rien. Suit l’adage suivant, quand on veut faire des millions, on ne prend pas position.
Il était donc impensable qu’ubisoft soutienne jusqu’au bout, le choix artistique politiquement engagé des créateurs de far cry 5. On s’attendait donc à ce que la question raciale soit écartée discrètement de la version finale attendue pour le 27 fevrier 2018. C’est ainsi que nous nous sommes logiquement mis en tête de vérifier tous les visuels du jeu, persuadé qu’un recul allait survenir. Et effectivement, Ubisoft a bien procédé à un changement sur un assets avant l’E3. Un individu blanc a été changé en individu noir. Les sites ayant utilisé la première version de l’image nous permettent de constater la différence. Pas facile à trouver, il fallait entre autres, tomber sur ce site espagnol, ou sur le cache de cette bannière gamekult.
Mais les faits sont là. Tandis que Wolwenstein assumait totalement le contexte politique dans lequel arrive son jeu, en reprenant le hashtag #NoMoreNazis des vraies manifestations anti nazi, dans sa communication. Ubisoft lui, reculait en loosdé. En remplaçant cet homme à la peau blanche par un homme à la peau noire, dans l’image qui sert à la jaquette de l’édition deluxe, Ubisoft entend rappeler que finalement, ses méchants ne sont pas ces suprémacistes blancs qu’on avait entrevus. Ils ne sont pas racistes eux, ils ont un ami noir.

Comprenez alors que la jaquette de cette édition deluxe porte désormais l’image de ces triple A, dont la créativité passera toujours après la peur de déplaire. Ne déplaire à personne, même pas aux racistes. L’adage marketing, enfin poussé jusqu’au bout.

News 2 : CupHead journalisme
Cuphead. Je vous laisse le choix de l’épithète. Cuphead, insérez le qualificatif de votre choix (boss rush / plateformer / run&gun) est un jeu sorti le 29 septembre dernier sur PC et Xbox One et dont la courbe d’apprentissage semble être immédiatement bloqué à sa valeur maximale. Défiant, dès le premier monde, bien des théories de game design. Ce qui fait de Cuphead un jeu peu accessible tout comme le sont sans doute, pour un gamin d’aujourd’hui, les dessins animés des années 30 dont le jeu reprend l’esthétique, mais un jeu gratifiant pour celui qui accepte de s’y investir.

Quelques semaines avant la sortie du titre, le site Venturebeat publia une preview de Cuphead. Celle-ci est rédigée par Dean Takahashi et illustrée par une vidéo de 26 longues minutes durant lesquelles on voit le journaliste lutter pour finir le tutoriel. C’est Ian Miles Cheong, journaliste au Daily Caller, qui se lache le 1er sur Twitter, je cite “ Comment un journaliste professionnel, rémunéré, peut être si mauvais en jeu vidéo ? Je ne vois pas comment il est possible de se fier aux recommandations d’un journaliste quand ils n’ont même pas les réflexes basiques pour jouer.”
Un débat qui pourrait s’avérer intéressant s’il n’avait d’autre but que d’alimenter les rageux du gamergate. S’en suit alors une tempête de merde sur Takahashi, a croire qu’à part lui, on serait face à une armée de type tous prêt à speedrunner le jeu avant même sa sortie.
Notez que depuis la sortie du titre justement, on les entend beaucoup moins.

On peut toutefois interroger le choix éditorial douteux du site de mettre en avant les exploits d’un journaliste économique spécialiste de l’industrie video ludique plutôt que celui d’un journaliste rodé aux tests et preview. Le site agit alors comme s’il pensait qu’il n’existait pas d’expertise quand il s’agit d’évaluer un jeu. Une erreur qui conduit alors à ridiculiser inutilement le traitement de cette preview. Car dans un monde où tout le monde peut publier des gameplay sur la toile, la survie des sites professionnels réside bien dans leur posture d’expert. Venturebeat s’en souviendra désormais.

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