Le Day One, c’était hier

Le day one c’était hier [2 minutes pour convaincre]

Depuis quelques années, le terme day one s’est imposé dans le langage vidéoludique au point d’être repris par la presse et les joueurs sans que personne ne remette jamais en cause sa définition. Et pourtant plus ce terme s’impose naturellement dans notre vocabulaire et plus on s’en éloigne. Le day one c’était hier, et dans deux minutes, vous aussi en serez convaincu.

Le day one est la possibilité d’acheter un produit dès le premier jour de sa commercialisation. Certes, mais quel est le premier jour de la version finale d’un jeu ? Et bien…  Plus forcément le jour de sa sortie!

Le jeu vidéo moderne a ce gros avantage qu’il peut être patché. Contrairement aux jeux d’hier dont les bugs étaient imprimés à vie sur un support physique.

Aujourd’hui, les multiples corrections possibles grâce au téléchargement de patch, rendent beaucoup de sorties moins consciencieuses.

Tout porte à croire que les “project closer”, qui décident de mettre un terme au développement d’un jeu en imposant une date de sortie, peuvent le faire avec moins d’états d’âme. Après tout, à l’heure des consoles connectées, le mot Gold, utilisé pour annoncer la masterisation du disque, a perdu le caractère définitif qu’il sous-entendait.

Si le degré de finition des titres actuels a donc baissé aux premiers jours de leur commercialisation, il faut rendre justice au jeu vidéo d’aujourd’hui. Car si les jeux de jadis semblaient mieux finis au premier abord, sur le long terme, la possibilité de patch des jeux moderne les rendent tôt ou tard quasiment irréprochables.

Le paradoxe est le suivant. D’un côté, les jeux vidéo peuvent sortir mal finis, car ils peuvent être patchés quand ils veulent; Et on peut même rendre ces patchs obligatoires avant de pouvoir relancer le jeu à nouveau, comme sur Steam. D’un autre côté, la fenêtre des ventes se concentre sur les 2 premières semaines de commercialisation, période sur laquelle, les premiers correctifs ne seront pas encore tous déployés. Exemple récent, il est pénible d’apprendre que Square Enix annonce plus d’une semaine après la sortie de Final Fantasy 15 un patch qui va corriger les lacunes narratives du chapitre 13 alors qu’ils ont déjà écoulé 5 millions d’exemplaires et que la plupart de ces early adopters ont déjà fini le jeu. La version à laquelle vous jouerez si vous ne lancez le jeu que l’année prochaine sera sans doute bien plus proche de la version définitive que ne l’était celle du day one.

Entre Dishonored 2 qui peine à atteindre les 30 images secondes sur console les premiers jours de sa sortie et No man’s sky qui arrive avec un patch corrigeant les critiques du lancement, les exemples s’accumulent pour prouver que les versions day one ne sont pas les vraies versions définitives des oeuvres. D’ailleurs, nombreuses rééditions des jeux quelques années après portent souvent le nom de definitive-edition, une fois tous les correctifs appliqués et les dlc sortis. Insistant sur le fait que le day one n’est pas la version définitive. Ironie du sort, l’éditeur souhaite vous voir acheter le jeu dès sa sortie, à son plein tarif, en vous proposant des versions appelées day one édition incluant un contenu numérique en plus. Achetez day one pour en avoir plus voulait la promesse publicitaire. La réalité, c’est qu’acheter day one, c’est ne pas avoir encore tout à fait le jeu que voudraient ses auteurs.

No Man’s Sky est l’exemple récent le plus spectaculaire. Le studio a souffert en silence pendant 4 mois face à des critiques justifiés. Un jeu visiblement sorti trop tôt voire précipitamment, au regard des promesses.

Est alors arrivé dernièrement le patch rendant au jeu des allures de vraie version.

Génération procédurale améliorée tout comme l’ergonomie des menus avec des touches d’accès rapide. Problème d’emplacement dans l’inventaire réglé. Ils n’ont pas agrandi l’inventaire de la combinaison ou du vaisseau, mais ils ont ajouté la possibilité d’acheter un vaisseau cargo que l’on peut appeler de n’importe quel point de l’univers.

Avec ce patch, Hello Game répond également au problème de farming trop récurrent de par la consommation importante des équipements. Une réponse originale puisqu’ils n’ont pas augmenté la vitesse de minage, mais ajouté la possibilité de créer des objets, dont des foreuses, qui vont miner à votre place. On assiste à une véritable amélioration d’une boucle de gameplay.

Ils ont également implémenté tout un système de construction, qui permet de créer sa base ainsi que la possibilité de cultiver des plantes. Deux nouveautés qui viennent transformer le jeu. En effet, ces deux activités sont très sédentaires.  No Man’s Sky nous a été vendu comme un jeu d’exploration, et c’est ce qu’il était d’ailleurs, un jeu où l’on incarnait un nomade de l’espace, capable de quitter une planète en une poignée de secondes et de ne jamais y retourner.

Jusqu’à ce patch.

Pouvoir élire domicile sur une planète, pouvoir dire c’est mon chez-moi, est un élément qui sublime désormais le jeu. D’autant que les développeurs ont annoncé l’arrivée de futures updates.

Du coup, le day one de NMS c’est le 12 aout 2016 ? Le 27 novembre, date de déploiement du patch Fundation. ? Ou bien c’est quand les développeurs ne feront plus de MàJ ?

Finalement le jeu vidéo va devenir comme un bon vin, faudra attendre pour le savourer à sa juste valeur. Attendre, parfois peu, parfois beaucoup, le day one n’est clairement plus un jour certain.